Homélie de la messe du samedi 2 juillet

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« Parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui ».

Comme dimanche dernier, l’Evangile de ce jour reste dans le contexte de l’envoi en mission. Jésus donne ses consignes à ces soixante-douze disciples anonymes, avant de les envoyer « en avant de lui ». Ils sont chargés de préparer les villes de Galilée et de Judée à accueillir son message. Même mission pour nos communautés chrétiennes, aujourd’hui : préparer les cœurs à l’accueil de l’Evangile ! Alors, quand commence l’année de l’appel, relisons ensemble ce passage : nous y trouverons quelques précieux critères de discernement pour notre action pastorale. J’en ai retenu quatre.

Tout d’abord, dans l’Eglise, on n’est jamais missionnaire en solo ! La mission est confiée, par Jésus lui-même aux soixante-douze, aujourd’hui par son évêque, son curé, une EAP, ou toute autre instance qui représente la communauté chrétienne. Et on est toujours envoyé en mission avec d’autres, en équipe, en communauté. Ne l’oublions jamais : la tentation est grande de s’attribuer une mission, ou de se l’approprier. Avec tous les risques de dérives et d’abus. Je suis frappé dans l’actualité de notre Eglise par la succession récente et rapide de décisions prises à l’encontre de plusieurs communautés nouvelles, suite à des visites canoniques. Personnellement, je suis particulièrement touché par l’annonce de la prochaine dissolution de la communauté du Verbe de Vie, où nous avons vécu une année en famille avant d’arriver à Sautron. L’une de mes sœurs est religieuse dans cette communauté. Principal souci, commun à toutes ces communautés, et qui explique la situation dans laquelle elles se trouvent aujourd’hui : une forme d’enfermement sur elles-mêmes, le sentiment d’être propriétaire exclusif de son charisme, l’absence ou le refus de regard extérieur… avec toujours la personnalité toute puissante du fondateur, qui en vient à exercer une autorité mal ajustée. Et beaucoup de fatigues et de souffrances pour les membres, même quand de l’extérieur, tout semblait aller très bien et porter de beaux fruits.

En paroisse non plus, nous ne sommes jamais à l’abri de ces dérives, chaque fois que l’on se considère comme propriétaire de sa mission ou de son service, seul dépositaire de la vérité ou de la bonne vision de l’Eglise, refusant de s’ouvrir au regard des autres. C’est une chance, pour notre paroisse de Sautron, de s’ouvrir à celle d’Orvault…

Second critère à retenir, étroitement lié au premier : la mission, on en rend compte. Les soixante-douze disciples reviennent à Jésus pour raconter ce qu’ils ont vécu. Luc précise qu’ils « revinrent tout joyeux ». C’est le temps de la relecture, qu’on fait en cette fin d’année pastorale dans les services de la paroisse comme dans ceux du diocèse. Avec le souci d’une vraie relecture, qui ne se contente pas de se réjouir des réussites, mais considère aussi avec lucidité les difficultés, les échecs. La mission n’est jamais un long fleuve tranquille ou un chemin jonché de fleurs : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Et voyez comme Jésus vient modérer l’enthousiasme des disciples, et les inviter à prendre du recul par rapport à ce qu’ils ont vécu. « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » Gare à l’autosatisfaction, au vedettariat… J’évoquais ces réveils douloureux dans les communautés nouvelles. Elles ont souvent trop vite porté sur un piédestal quelques stars de la nouvelle évangélisation… et ça fait bien mal quand on découvre l’envers du décor !

En paroisse aussi, gardons-nous de survaloriser tel ou tel personnage, clerc ou laïc : ce n’est jamais lui rendre service ! « Pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté », nous dit Saint Paul.

Troisième critère : la pauvreté des moyens. « Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales. » On sait que ces mots ont inspiré François d’Assise. Réjouissons-nous si nos paroisses manquent de ressources, humaines ou financières. Gare à l’argent qui arrive trop vite, ou aux succès trop faciles. Heureux sommes-nous aujourd’hui de retrouver une Eglise en situation de fragilité, qui n’a plus les moyens de surplomber la société et d’imposer son autorité, avec tous les risques de collusions aux pouvoirs politique et économiques dont l’histoire a gardé le triste souvenir. « Je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés », écrit Isaïe au peuple qui doute, dans les années très difficiles qui suivent le retour de l’Exil. Le succès et la puissance d’une communauté chrétienne ne sont pas toujours signes de la vérité de son témoignage et de sa fidélité à l’Evangile. Notre seule force doit toujours être puisée dans la prière. Notre seule richesse, dans l’abandon confiant à l’amour de notre Dieu.

Quatrième critère, qui est aussi lié au précédent : la mission n’est pas une campagne de marketing ! Il ne s’agit pas de convaincre en masse, à toutes forces, et par tous les moyens, des cibles qu’on veut évangéliser. Et avec des effets spectaculaires, comme les soixante-douze qui chassent les démons et guérissent les malades ! Mais toujours respecter la liberté des frères et sœurs à qui nous annonçons Jésus. « Restez dans cette maison. Ne passez pas de maison en maison », dit encore Jésus. Et si votre annonce n’est pas accueillie, secouez la poussière de vos pieds, comme pour bien dire : je ne vous impose rien, je ne vous prends rien non plus. L’annonce de l’Evangile est toujours totalement gratuite, désintéressée. Rappelons-nous que Jésus n’a jamais rien imposé à celles et ceux qu’il rencontrait. C’est aussi une façon d’évangéliser le cœur et l’esprit légers : ne pas s’encombrer des refus, des échecs, mais aussi des succès… Notre mission est de témoigner. Le reste du travail, c’est l’Esprit qui le fait dans le secret du cœur de nos frères et sœurs.

Chers amis de Sautron, nous avons partagé des années de mission au service de la paroisse. Vous allez continuer unis avec Orvault, sous la conduite bienveillante de votre pasteur, Michel, avec l’équipe pastorale. Avec une nouvelle EAP, une organisation renouvelée, et toujours de nombreux services à rendre pour annoncer Jésus. Pour ma part, je poursuivrai la mission dans une nouvelle paroisse, et bien sûr au niveau du diocèse, toujours au service de formation, et de l’accompagnement des groupes en chemin de conversion écologique. Nous restons en communion, car à Sautron et Orvault, comme à Assérac et Herbignac : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ».

Merci à chacune et chacun, et surtout au Seigneur.

Et pour le dire avec les mots de Paul aux Galates : « Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen. »

Loïc Lainé, diacre.

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