Homélie du Jeudi Saint

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Je voudrais m’adresser tout spécialement à vous, ce soir, les enfants… Surtout à ceux qui préparent la première des communions. Ce soir, on a d’abord évoqué la Pâque des juifs. C’était une fête de la mémoire, comme nous l’a racontée la 1ère lecture. La mémoire de la sortie d’Egypte, ce jour où Dieu a libéré son peuple esclave du Pharaon. Vous avez entendu les ordres donnés par Dieu, pour préparer le peuple au départ, en toute hâte : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. » La Bible raconte qu’après ce repas, ils fuient l’Egypte et traversent la mer, conduits par Moïse et protégés par Dieu. On réécoutera cette histoire samedi soir, à la Vigile Pascale. C’est à l’occasion de cette fête juive de la Pâque que Jésus avait réuni ses amis, comme il nous réunit, nous aussi, ce soir.

Et nous, qu’est-ce qu’on fête ce soir, de quoi faisons-nous mémoire ?

Du dernier repas de Jésus, la Cène, bien sûr. Ce soir où Jésus a pris du pain et du vin, célébré en quelque sorte la première messe, la toute première des communions.

N’avez-vous pas remarqué quelque chose d’étonnant, en écoutant cet Evangile ? Il y a trois évangiles qui nous racontent le récit de l’institution, le Pain et le Vin, la première messe célébrée par Jésus, entouré de ses apôtres. Réunis au complet, les Douze. Même Judas, celui qui allait le trahir quelques heures plus tard. On retrouve le même récit chez Matthieu, chez Marc et chez Luc. Ce n’est pas l’un de ces textes que l’Eglise a choisi de nous faire entendre chaque année le soir du Jeudi Saint, mais justement le seul évangile qui ne rapporte pas ces gestes de Jésus, l’Evangile de Jean. En effet, dans son Evangile, Jean a choisi de remplacer le récit de l’institution par celui du Lavement des pieds. Curieux, non ?

Alors, pourquoi ce choix ? Bien sûr pas pour éviter de faire double emploi avec la 2ème lecture, celle où St Paul, qui n’était pas présent au dernier repas de Jésus, rappelle aux chrétiens de Corinthe toute l’importance des gestes de Jésus, que nous refaisons à chaque messe, jusqu’au retour du Seigneur.

Non, l’explication, il faut la chercher ailleurs. Vos catéchistes, vos parents, vous ont sans doute appris, pour vous expliquer le déroulement de la messe, qu’il y avait deux tables : la Table de la Parole et la Table de l’Eucharistie. C’est très juste, et c’est ce que nous vivons en ce moment. Nous sommes réunis autour de la Table de la Parole pour écouter et méditer l’Ecriture. Puis nous nous tournerons ensuite vers l’autel, pour la Table de l’Eucharistie, et nous serons invités à communier au Corps et au Sang de Jésus-Christ.

Ce soir en faisant mémoire de la Cène et du Lavement des pieds, l’Eglise nous rappelle qu’il existe une troisième table, que nous oublions parfois un peu vite : la Table du Frère. Quand Jésus prend un tablier, se met à genoux devant ses disciples, et leur lave les pieds, il ajoute aussitôt. « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ».

Il ne s’agit pas simplement de faire pieusement mémoire de ce geste de Jésus, de s’en rappeler une fois par an par un mime, et de l’oublier aussitôt. Surtout pas. « C’est un exemple que je vous ai donné », ajoute Jésus, « afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Le service du frère, la fraternité, ce n’est pas une option facultative, quelque chose à vivre en plus, quand on a bien lu la parole, bien communié et bien fait ses prières. Tout va ensemble, tout est lié. C’est le cœur même de la vie du chrétien.

La messe n’est pas finie quand on est passé de la Table de la Parole à la Table de l’Eucharistie. Elle continue à chaque instant de notre vie autour de la Table du Frère, à la maison, à l’école, au travail, dans nos associations de jeunes et d’adultes…

« Allez dans la Paix du Christ », dit le prêtre ou le diacre, à la fin de la messe… Non pas pour que nous partions bien tranquillement jusqu’à la prochaine messe, mais pour nous inviter à continuer la messe en allant laver les pieds de nos frères, en allant vivre la fraternité tout au long de notre semaine… jusqu’à la prochaine messe.

« Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie », peut-on dire aujourd’hui à la fin de la messe. Une invitation à suivre le Christ toute la semaine, en devenant comme Lui serviteurs de nos frères, laveurs de pieds !

Le chrétien, l’ami de Jésus, c’est celui qui à la messe, vient puiser dans la Parole, et dans le Pain et le Vin, toute la force pour servir son frère. C’est celui aussi qui essaie de vivre comme Jésus la fraternité et le partage dans tous les gestes grands et petits de sa vie quotidienne. C’est celui qui revient à chaque messe offrir dans le Pain et le Vin toute cette vie de fraternité.

Pensez-y bien, les enfants, quand vous vivrez la première des Communions. Et nous aussi, les adultes, à chacune de nos communions…

« Ou bien nous sommes frères, ou bien tout s’écroule. Le chemin de la fraternité est long, c’est un parcours difficile, mais elle est l’ancre de salut pour l’humanité », écrivait le pape François, il y a quelques semaines, dans son Message pour la Journée internationale de la fraternité humaine.

Ce soir, c’est ce chemin de fraternité, ce seul chemin d’avenir, que Jésus nous invite à suivre, à son exemple, en partageant les trois Tables qu’il dresse pour nous : la Table de la Parole, la Table du Pain et du Vin, et la Table du Frère.

Ce n’est pas facile. Nous avons besoin de son aide.

Je vous partage en guise de conclusion un extrait de la prière du pape François à la fin de Fratelli Tutti, sa grande encyclique sur la fraternité :                 

Seigneur et Père de l’humanité,

toi qui as créé tous les êtres humains avec la même dignité,

insuffle en nos cœurs un esprit fraternel.

Inspire-nous un rêve de rencontre, de dialogue, de justice et de paix.

Aide-nous à créer des sociétés plus saines

et un monde plus digne,

sans faim, sans pauvreté, sans violence, sans guerres.

AMEN

Loïc LAINE, diacre

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