Homélie du 1er dimanche de l’Avent – Année C

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Bien chers frères et sœurs,
Voici s’ouvrir le temps du désir. Un germe de justice surgira, Juda sera sauvé. Pour notre communauté, qui est aujourd’hui en fête, c’est un début d’année liturgique, une nouvelle traduction du missel qui entre en vigueur, une invitation à tracer le chemin pour le messie qui vient. Pourtant, l’évangile fait froid dans le dos. Toutes les catastrophes possibles sont envisagées. Les annonces sont terribles.
Saint Luc utilise un style littéraire particulier, en vue de réveiller la foi, souvent passive, des croyants, face à la violence et aux forces de destruction.
Ce genre littéraire invite les fidèles ne pas se laisser décourager par les difficultés du moment. Dieu aura le dernier mot à la fin des temps et ce sera le salut de ses fidèles.
Une des grandes questions est de savoir quand ! « Quand cela arrivera-t-il » (Luc 21/7) ? Il faut situer l’évangile de Luc dans son contexte pour comprendre sa portée. Le passage de l’Evangile lu, précède le récit de la passion et l’annonce de la résurrection du Seigneur. Le ministère de Jésus semblait avoir échoué. C’était la désespérance, le découragement !
Dans la lumière de l’Esprit qui l’habite, Jésus est assuré qu’il n’y a pas d’accès à la Vie sans passage par la mort, aussi annonce-t-il clairement : « Ne soyez pas terrifiés, il faut que cela arrive d’abord. Mais ce ne sera pas la fin » ! (Luc 21/9) « On verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption est proche ». (Luc 21/27-28).
Tel est le message que St Luc veut nous transmettre : Pâques est une victoire sur toutes les forces de destruction et sur la mort ! Pâques annonce un au-delà de bonheur pour le fidèle qui accepte ses échecs, ses faiblesses et en définitive sa mort, comme une dépossession de soi pour accueillir la vie en Dieu et s’en remettre à Lui !
Le monde présent est tel que cette joie du matin de Pâques ne dure pas. L’oubli de la parole de Dieu, les prétentions orgueilleuses et le repli sur soi révèlent les divisions, les agressions, les oppositions désespérantes des hommes entre eux. Dieu va accomplir sa promesse de bonheur. Le livre de Jérémie l’annonçait dans la première lecture : « Voici venir les jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la Maison d’Israël et à la Maison de Juda : Je ferai naître chez David un germe de justice… en ces jours-là, Juda sera délivré, Jérusalem habitera en sécurité » (Jérémie 33/14-15).
Même au cœur de nos misères, Dieu n’est pas absent. Il est là, présent, pour appeler à des renouveaux possibles. Même au cœur des déchirures dans l’Eglise, et les crises actuelles, Jésus est là, s’offrant pour proposer des temps nouveaux, une vie nouvelle.
Notre foi est trop faible, trop limitée. Elle nous appelle à voir plus loin. Les conflits et les interrogations qui nous habitent ne seront pas tous résolus, mais un nouvel avenir nous est ouvert et Dieu est proche ! Dans un monde fragilisé, une Eglise en crise où tout semble s’écrouler, il nous faut croire en un avenir serein.
Notre monde est malade. Chacun le regarde et prend peur. De quoi sera fait demain ? Et c’est cela qui engendre l’angoisse. Mais tout était-il satisfaisant hier ? Nous oublions facilement les épreuves du passé pour nous accabler de celles d’aujourd’hui.
Une crise serait-elle toujours négative ? Dieu nous aurait-il abandonné ? Sans doute faut-il mourir à certaines habitudes. Mais déjà des chrétiens choisissent de vivre des transformations à la manière de l’évangile. Des fidèles réfléchissent comment faire de l’Eglise une maison sûre. Contraints au changement, nous avons à porter une bienveillante attention à tout ce qui peut naître et réconforter nos frères. C’est par là que tous nous pouvons préparer l’éclosion d’un monde renouvelé.
Et si nous sommes là, aujourd’hui en fête, c’est pour rester éveillé et préparer la route à celui qui vient combler nos attentes.
Comme le dit saint Luc, Tenons-nous sur nos gardes, de peur que nos cœurs ne s’alourdissent. Beaucoup de personnes, aujourd’hui comme hier, restent éveillées. C’était l’attitude des bergers le jour de la naissance de Jésus. Cette nuit-là, ils veillaient. Que fait le veilleur ? Il ne se laisse pas emporter par les annonces catastrophiques ou trompeuses. Il refuse de se soumettre à la situation du moment. Il ne se résigne pas à la nuit. Il attend l’aurore. Il ne s’endort pas lorsque l’enfant paraît.
De semaine en semaine, nous allons ensemble marcher vers le visage adorable d’un enfant qui est Dieu, dont le mystère tient en deux mots : Amour et Paix. Un Amour qui s’accueille dans une gratitude émerveillée ! Une Paix, qui entraine sur les chemins du vent de l’Esprit, de l’avent, de l’aventure de l’avènement du Seigneur !
Puisse cette Eucharistie nous révéler sa présence et son visage. A chacun de nous, Jésus vient dire ce matin : « Si tu savais combien je t’aime, tu ne pourrais pas ne pas m’aimer ». Fais-toi attente ! Fais-toi désir ! Je me ferai plénitude ». C’est dans l’attente que grandit le désir de la présence de celui qui est , qui était et qui vient.
Jean-Marie Ouédraogo

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