Homélie de Mgr Percerou du samedi 18 septembre

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Qui est le plus grand ? C’est la question qui agite les apôtres sur la route de Capharnaüm et c’est une question qui agite l’humanité depuis toujours ! Et encore aujourd’hui… Qu’entendons-nous en effet ? Que lisons-nous ? Sois le plus riche ! Sois le plus beau, la plus belle ! Deviens célèbre ! Autant d’invitations à être « plus » que les autres qui viennent polluer les relations humaines que ce soit dans le monde de l’entreprise, dans les familles, dans notre Eglise et dans tous ces lieux où nous nous retrouvons…
Vouloir être le premier, le plus grand, le plus beau, le plus fort… Nous en connaissons les risques ! St Jacques nous les a donnés dans la seconde lecture : on convoite la place de l’autre, la richesse de l’autre, la force ou l’intelligence de l’autre, on en est jaloux, on veut être meilleur que lui et c’est la guerre, le conflit et donc l’injustice.
Mais au fait, est-ce mal de vouloir être le premier ? Parce qu’après tout, des jeunes ici présents pourraient dire « à quoi bon faire des études et valoriser ses compétences ? », et de même pour les adultes : « faut-il accepter une promotion professionnelle ? une responsabilité dans une association, un syndicat ? » N’y a-t-il pas, au bout du compte, un risque à succomber à cet instinct de domination qui est source de violence ?
Vous l’aurez sans doute noté : Jésus ne dit pas à ses apôtres qu’il est mal de vouloir être le plus grand, de vouloir être le premier ! Mais il dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Et pour illustrer son propos, il place un enfant au milieu d’eux, il l’embrasser et leur dit : « celui qui accueille en mon nom un enfant comme cet enfant, c’est moi qu’il accueille ».
L’enfant… Un petit d’homme, un petit bout de femme, fragile et dépendant, qui ne peut se défendre, qui ne peut vivre sans la présence d’un adulte à ses côtés, qui a besoin de beaucoup d’amour pour grandir. Si Jésus place au milieu des apôtres un enfant, il faut reconnaître à travers lui, non seulement les enfants mais tous ceux qui sont des « petits », les laissés pour compte, toutes celles et tous ceux qui n’ont pas les moyens de se dresser aux premières places, qui sont dépendants. Vouloir être le premier, c’est alors accepter d’occuper cette place non pas d’abord pour briller mais pour que, grâce à nous, celui que l’in oublie, que l’on ne voit pas, se découvre aimé, reconnu, et puisse se donner à son tous pour les autres.
Et ce n’est pas pour rien que la discussion des apôtres pour savoir qui d’entre eux était le plus grand est précédé par l’annonce de la résurrection : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
Jésus est la Maître, le Seigneur, plus grand que lui in n’y a pas. Mais voilà, si le Christ est notre Maître et Seigneur, ce n’est pas pour nous écraser de sa puissance mais bien au contraire pour nous servir. Souvenez-vous le récit du lavement des pieds : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dîtes bien car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. » Et au lendemain de cet épisode, il se faisant serviteur jusqu’au bout en donnant sa vie pour chacun de nous : « ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne ».
Voilà une petite méditation qui « tombe à pic », à l’heur où est installé votre nouveau curé, le Père Michel Leroy. Cette méditation nous interroge en effet sur la mission de votre nouveau pasteur mais aussi sur celle de chacun de vous et de votre communauté paroissiale de Sautron.
Pour utiliser une image maritime – la mer n’est pas si loin et Michel vient de St Nazaire – je dirais que le chrétien dans le vaste océan de notre société doit être celui qui indique l’horizon vers lequel orienter sa navigation, alors que nombreux sont nos contemporains qui cherchent un sens à ce qu’ils vivent, qui désespèrent même de ce monde en raison des difficultés du temps. Le chrétien doit alors indiquer une route qui évité les récifs et les dangers des mers. Pour cela, il doit être attentif au vent de l’Esprit afin qu’il vienne gonfler ses voiles.
Le prêtre, comme pasteur de la communauté, guide sa communauté paroissiale afin qu’elle ne s’échoue pas sur quelques rochers et qu’elle ne percute pas les navires qui croisent sa route. Pour ce faire, il reçoit mission, précisément, d’ouvrir les cœurs à ce fameux vent de l’Esprit en ouvrant avec sa communauté le livre de la Parole de Dieu, en célébrant avec elle les sacrements, en l’aidant à discerner ces signes de résurrection qui sont autant de phares rassurants, balisant la traversée. ET ce faisant, il ne se contente pas d’organiser la vie à l’intérieur du bateau mais il indique le vaste océan du monde comme le lieu même de la mission, ces quartiers de Sautron, traversés par bien des énergies, des joies et des espérances, mais également par bien des difficultés et des épreuves. Oui, la communauté ne se suffit pas à elle-même, elle est ordonnée à la mission au grand large.
Il est essentiel de na pas la perdre de vue. Le navire sur lequel vous êtes embarqués est un navire qui n’a pas de place pour accueillir des « transats ». Le père Michel a besoin de collaborateurs qui prennent leur part de service pour, avec lui, conduire le bateau à bon port, jeter avec lui les filets dans l’océan afin d’accueillir largement toutes celles et tous ceux qui feront signes. Tous, qui que vous soyez, vous avez votre place ? Certains, déjà, bien sûr, je ne l’oublie pas, travaillent à l’annonce de l’Evangile sur cette paroisse et je les en remercie. Mais je vous le demande, « restez en tenue de service ! », « prenez la tenue de service ! ».
Il en va en effet de l’Eglise que nous voulons construire et du signe que nous voulons poser. Le Christ nous invité à poser au cœur de la société le signe de l’amour fraternel. L’amour fraternel, c’est ce respect de l’autre qui s’enracine dans la certitude qu’il est image du Christ. Au sein de la communauté paroissiale, chacun a sa pierre à apporter et cette pierre est essentielle. Prendre sa part de service au sein de la communauté paroissiale sous la bienveillance du pasteur, c’est donc construire avec lui une église communion, une Eglise dialogue, où chacun se sent concerné par l’annonce de l’Evangile parce qu’il sait ce qu’il est et ce qu’il fait compte pour les autres. C’est là la seule condition pour que nos communautés vivent et pour qu’elles soient attirantes, qu’elles fassent signes !
J’arrêterai là mon exhortation. Ouvrez grand vos voiles au vent de l’Esprit, soyez d’infatigables guetteurs du bonheur que le Christ est venu apporter à l’humanité. Qu’avec le père Michel qui vous rejoint, vous puissiez vivre la joie du pasteur qui rassemble le troupeau. Que cette Eucharistie ravive notre espérance et nous donne la force d’affronter le vaste océan de la mission.
Mgr Laurent Percerou

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