Homélie du 21 février 2021

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A notre entrée en Carême mercredi dernier, la Parole de Dieu nous invitait au l’aumône, à la prière et au jeûne. Aujourd’hui, c’est la première étape de notre montée vers Pâques, à la suite du Christ. De la Parole que nous avons entendue, je voudrais retenir trois mots : l’alliance, le baptême, le chemin.

L’alliance, c’est l’initiative que Dieu prend pour établir une relation d’amour avec son peuple, avec chacun de nous. Au cours de l’histoire, comme nous l’entendrons tout à l’heure dans la prière eucharistique, Dieu « a multiplié les alliances avec les hommes et il les a formés dans l’espérance du salut ». Le premier testament est le récit mouvementé de cette alliance… souvent rompue par l’homme mais sans cesse renouvelée par Dieu. L’arc en ciel en est le signe. Après le déluge, il apparaît au milieu des nuages. Il rétablit le lien entre le ciel et la terre, entre le soleil et la nature, entre Dieu et les êtres vivants.
Avec l’entrée de Jésus dans notre humanité, cette alliance revêt un caractère définitif. Et chaque célébration eucharistique est le signe de cette alliance nouvelle et éternelle. Pour nous, elle est donc toujours d’actualité : Dieu ne cesse jamais de venir « en aide à tous les hommes pour qu’ils le cherchent et puissent le trouver. »
Pourtant c’est bien difficile de croire aujourd’hui que Dieu nous vient en aide. Il semble nous avoir oubliés ou abandonnés. Dans le monde entier, l’épidémie fait des ravages que rien ne semble pouvoir enrayer. La souffrance qu’elle provoque touche principalement les personnes les plus fragiles, les sans-terre, les sans-travail, les sans-toit. Elle assombrit l’avenir des plus jeunes. Elle renforce l’isolement des personnes seules ou âgées. Alors, Dieu aurait-il rompu son alliance ? Autrefois, le psalmiste entendait déjà cette question autour de lui : « Où est-il ton Dieu ? »
Pourtant, si nous restons en éveil, nous voyons surgir un peu partout des élans de solidarité. Nous voyons apparaître des gestes de fraternité. Les mails se multiplient, les télé-rencontres s’organisent, les dons affluent, les sourires traversent les masques. Et, alors que Dieu semble aux abonnés absents, beaucoup se mettent à sa recherche… Non, Dieu n’a pas rompu son alliance. Entre les nuages qui assombrissent notre vie, il laisse passer des signes visibles de sa présence.

Le baptême, c’est la réponse de l’homme qui accepte l’amour de Dieu. Cette année, dans notre diocèse, soixante catéchumènes seront baptisés à Pâques. Ils reconnaissent ainsi qu’ils sont aimés de Dieu et qu’ils reçoivent de lui le salut et la vie éternelle. Cette reconnaissance est un véritable engagement de leur part. Comme le dit l’apôtre Pierre dans sa lettre aux nouveaux chrétiens : « Le baptême est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ. » Ce qui est vrai pour les catéchumènes l’est aussi pour nous. Notre baptême nous permet de dire chaque jour à Dieu « Notre Père ». Il nous engage donc à vivre constamment la fraternité avec tous les autres enfants de Dieu, aussi différents soient-ils.
L’évangile que nous avons entendu évoque rapidement le séjour de Jésus au désert et son départ en Galilée pour proclamer l’Evangile de Dieu. Pour Marc, ces événements se situent juste après le baptême de Jésus. Comme pour rappeler que la mission de Jésus prend sa source dans l’amour inconditionnel du Père et l’action de l’Esprit. Pour nous, le baptême n’est donc pas seulement une célébration passée qui nous a rétablis dans l’alliance avec Dieu. C’est une source permanente, alimentée par « le premier don fait aux croyants, l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification. » Cette énergie, – qu’on appelle parfois la grâce sacramentelle – est inépuisable. Elle constitue un véritable programme de vie. Au moment où nous nous mettons en route vers Pâques, c’est une chance pour nous de relier notre baptême à la résurrection de Jésus. En effet, comme l’écrit Pierre, « le baptême sauve par la résurrection de Jésus Christ. ». Nous pourrons ainsi renouveler à notre compte un engagement qui, pour la plupart d’entre nous, avait été effectué par nos parents.

Le chemin à suivre, nous l’avons demandé avec les mots du psalmiste : « Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route… Dirige-moi… Enseigne-moi. »
Et la réponse, nous la trouvons dans l’Evangile.
Après son baptême dans le Jourdain, poussé par l’Esprit, Jésus s’est retiré au désert. En pleine nature sauvage, tiraillé par Satan et soutenu dans son combat par les anges, il a entretenu pendant quarante jours une relation permanente à son Père. Puis il est parti en Galilée, le carrefour des nations, aux périphéries du pays juif, pour annoncer la Bonne nouvelle du salut. Nous pouvons nous inspirer de ce récit de Marc pour tracer notre route de Carême. Dans la continuité de notre baptême, prenons du temps à l’écart pour dialoguer avec notre Père, pour renouer notre alliance avec lui. Apprenons à vivre en harmonie avec la nature, à résister aux tentations du monde, à lutter contre le mal en nous et autour de nous, à demander l’assistance de l’Eglise. Ensuite, l’Esprit nous poussera à quitter nos sécurités, à repartir dans le monde, à la rencontre des personnes qui espèrent des paroles et de gestes de salut. Nous pourrons leur manifester la tendresse de Dieu pour tous ses enfants.
La voilà donc notre feuille de route pour le Carême, notre montée vers Pâques :
Peuple de l’alliance
Ton Dieu te fait signe
Marche à la suite de Jésus !
Va crier son amour
Sur les chemins du monde.

Hubert Ploquin, diacre

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