Homélie du Dimanche 13 décembre

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Ce troisième dimanche de l’Avent, dans la tradition de l’Eglise, c’est le dimanche de la joie. La première lecture, le Psaume et l’épître nous invitent à demeurer dans l’attente confiante et joyeuse du Dieu qui vient. Dans l’Evangile, nous retrouvons Jean le Baptiste, comme dimanche dernier.

Pour nous aider à préparer Noël dans des conditions si particulières, cette année, je vous propose trois petites notes à partir de la lecture de ces textes.

Tout d’abord, arrêtons-nous sur le personnage du Baptiste. La semaine dernière, il nous était présenté par l’évangéliste Marc. Aujourd’hui, voici le portrait fait par St Jean. Marc s’intéressait à l’appel à la conversion lancé par Jean, auprès duquel les foules accouraient au désert. L’évangéliste Jean retient la question de l’identité du Baptiste, en réponse aux questions des prêtres et des lévites venus de Jérusalem pour l’interroger : « Qui es-tu ? » Pour répondre à cette question, Jean le Baptiste se définit d’abord par la négative : « Je ne suis pas le Christ ». « Je ne suis pas le prophète annoncé ».

Avez-vous remarqué comment l’Evangile de Jean insiste sur l’humilité du Baptiste : « Je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale. ». Jean-Baptiste, c’est le prophète qui s’efface devant celui qu’il annonce, qui détourne même l’intérêt des foules qui s’avancent vers lui pour le tourner vers Celui qui vient.

Il n’est pas la lumière : il n’est que la lampe qui éclaire le chemin à suivre pour marcher vers la lumière.

Il n’est pas la Parole, le Verbe : il n’est que la voix qui crie pour annoncer le Verbe. « C’est lui qui vient derrière moi ».

Jean n’est que le témoin, comme chacun de nous, finalement. Comme Jean, nous ne sommes que les humbles porteurs d’un message qui nous dépasse. Comme lui, nous devons savoir nous effacer devant ce qui est infiniment plus grand que nous, Jésus et son message. Plus que Jean, encore, nous sommes bien indignes par nos vies, de la Bonne Nouvelle que nous sommes chargés d’annoncer.

Pourtant, comme Jean, si nous ne rendons pas témoignage à la Lumière, notre monde en sera privé… Alors n’ayons pas peur d’annoncer Jésus qui vient, sans prétendre en tirer aucune gloire personnelle…

Demeurer dans l’attente du Dieu qui vient : ce sera ma deuxième note.

Ecoutons d’abord le prophète Isaïe : « Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations ». Le peuple d’Israël revient de l’exil à Babylone. Et ce retour au pays est difficile. Rien à voir avec les promesses de bonheur annoncées par les prophètes. Alors commence à pointer le rêve messianique, l’attente de ce roi-messie qui viendra « proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération ». La même espérance chantée dans le Magnificat : « Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël, son serviteur ».

L’ambiance de l’Evangile est toute imprégnée de la même attente messianique, et Jean-Baptiste doit mettre les choses au clair : « Je ne le suis pas ».

Dans l’Epître, n’oublions pas l’espérance des premières générations de chrétiens : ils sont tout entiers tendus vers le prochain retour du Christ. « Priez sans relâche,  rendez grâce en toute circonstance, n’éteignez pas l’Esprit, éloignez-vous de toute espèce de mal ». Tous les conseils donnés par Paul aux chrétiens de Thessalonique ont le même objectif : « que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ ».

Et nous-mêmes, aujourd’hui, qu’attendons-nous : le déconfinement ? La joie de retrouver un peu nos proches à Noël ? Le retour à une vie plus normale, quand cette pandémie sera vaincue ? Et aussi toutes ces attentes plus personnelles qui tissent chacune de nos vies… Tout cela est normal, bien sûr, mais interrogeons-nous en vérité : que signifie aujourd’hui pour toi attendre la venue de Jésus ? Concrètement, qu’est-ce que ça vient changer dans ta manière de vivre, dans ta façon d’être avec tes frères ?

« Il est fidèle, Celui qui vous appelle ». « Il se souvient de son amour ».

Une dernière note, enfin, qui prolonge directement la précédente. En ce dimanche de la joie, prêtons toute notre attention à la consigne donnée par Paul aux chrétiens de Thessalonique : « Soyez toujours dans la joie ». Si Paul éprouve le besoin de donner une telle consigne, c’est que ça ne va pas de soi, même pour un disciple de Jésus. La joie chrétienne n’a rien à voir avec un optimisme naïf et béat, ou avec un sourire commercial : elle se reçoit et elle se construit jour après jour, dans la vie fraternelle et dans l’attente du Seigneur, dans l’espérance confiante en son amour.

A travers toute la Bible, quelles que soient les circonstances, Dieu promet la joie et le bonheur à ceux qui l’aiment. Aux exilés de retour de Babylone : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu ». Ce sont les mots mêmes du prophète Isaïe que Marie reprend dans le Magnificat. « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ». Un Dieu étonnant, qui se glisse à travers nos faiblesses et nos vulnérabilités pour écrire notre avenir. « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse ».

La période que nous traversons est bien morose. Le pape François l’a rappelé dans l’encyclique Fratelli tutti : notre monde fermé est rempli de tellement d’ombres ! Mais n’oublions jamais que nous sommes disciples d’un Dieu qui se fait chair en Jésus à Noël, pour ouvrir à l’humanité un chemin de réconciliation. « Paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

Alors oui, soyons toujours joyeux, et prions sans cesse. Accueillons la joie qui vient de l’amour de Dieu dont nous sommes les témoins, la joie qui jaillit de la Bonne Nouvelle que nous sommes chargés d’annoncer. Partageons la joie autour de nous, en vivant la fraternité dans nos familles et dans nos communautés, en nous faisant toujours davantage bâtisseurs de fraternité au cœur de ce monde divisé.

« Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ».

AMEN

Homélie pour le 3e dimanche de l’Avent

13 décembre 2020

Loïc LAINE

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