Homélie de la Toussaint

Classé dans : Non classé | 0

C’est une invitation à l’espérance qui jaillit de la Parole de Dieu, telle que nous venons de la recevoir à travers les 3 lectures de cette fête. Mais, il faut bien le reconnaître, l’actualité rend l’espérance difficile. Les attentats récents et surtout le dernier peuvent nous faire peur et révèlent aussi combien notre société est divisée. Le confinement qui s’impose à nouveau va réduire nos rencontres avec les autres et nous empêchera aussi de nous rassembler dans nos églises.

Comme disciples du Christ, nous n’avons pas le droit de tirer un trait sur l’espérance ; elle est au cœur de l’évangile et de notre foi.

Je vous propose une double démarche ce matin : d’abord nous remettre en face de ce que nous espérons : il suffira pour cela d’écouter le message de cette fête de tous les saints.

Chercher ensuite comment cette espérance pourra s’exprimer au quotidien et là, il s’agira surtout de mettre en pratique ces paroles de Jésus qu’on appelle les béatitudes.

Ce que nous devons espérer, ce n’est rien de moins que de vivre éternellement avec Dieu, « voir Dieu face à face », pour rejoindre le langage de la Bible. Nos trois lectures se rejoignent pour nous dire cela ; le Seigneur le proclame lui-même devant les gens qui sont rassemblés sur la montagne : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! ». Saint Jean nous disait dans la seconde lecture :

« Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté…Quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons tel qu’il est… » La lecture tirée de l’Apocalypse décrivait la foule immense des élus rassemblée devant Dieu et trouvant sa joie dans la louange et dans l’action de grâce.

Comment accueillons-nous cette évocation de l’avenir qui nous est ouvert au-delà de notre mort ?

Bien sûr, nous ne sommes pas pressés d’aller voir Dieu, sauf si nous portons des souffrances intolérables. Nous avons envie de vivre et c’est bien légitime. Mais nous devons nous poser la question de ce qui nous attend après la mort ; les évènements douloureux qui nous atteignent, nos propres accidents de santé, les deuils familiaux, les violences qui déchirent notre société et le monde entier, tout cela nous remet nous les chrétiens, devant une conviction qui est au cœur de notre foi : il y a une façon de vivre au quotidien qui nous prépare à voir Dieu et à goûter avec nos frères le bonheur qu’il nous prépare ; il y a une autre façon de vivre qui retardera cette rencontre avec Dieu et qui peut-être nous en fera perdre complètement le désir.

Nous n’avons pas à être obsédés par la pensée de la mort, ce serait contraire à ce que Dieu désire pour nous. Mais nous devons nous rappeler que nous avons été créés pour devenir semblables à lui : il nous a faits à son image et à sa ressemblance ; purifiés de tout ce qui ternit cette ressemblance, nous trouverons notre bonheur en sa présence et ce bonheur, nous le partagerons avec tous ceux que nous avons aimés sur cette terre.

Nous avons comme un avant-goût de ce bonheur dans certains de nos moments de prière quand il nous est donné de ressentir que le Seigneur est là et qu’il nous écoute, et aussi dans certains moments de communion avec ceux que nous aimons , des moments vécus sous le signe de la gratuité et du don de soi. Mais la prière reste un exercice difficile, en grande partie parce que Celui qui nous parle et à qui nous nous adressons reste invisible ; la relation quotidienne avec les autres est souvent compliquée parce que nous voyons surtout les limites et les défauts de l’autre et aussi parce que nous ne savons pas voir le Christ présent en lui.

Si nous voulons accueillir la parole de Jésus « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », si nous voulons réveiller en nous l’espérance, il nous faut donc nous interroger sur ce qui actuellement est à purifier en nous et rechercher quelles sont les attitudes qui nous prépareront à voir un jour. notre Dieu face à face et à nous joindre à tous ceux qui l’auront cherché sur cette terre. C’est la 2ème démarche que je vous propose.

Il suffit de reprendre l’évangile des béatitudes pour trouver ce que nous avons à purifier : cela commence sans doute par notre attachement excessif à tout ce que nous possédons , tout ce qui est visé par la 1ère béatitude : les idées, les préjugés, les biens matériels, l’argent qui peuvent devenir le tout de nos vies et nous couper aussi bien de notre Dieu que de nos frères. Il y a aussi la violence, contre laquelle les doux doivent se dresser, violence physique bien sûr, mais aussi violence verbale qui vient des colères qu’on ne maîtrise pas, ou qui s’exprime à travers ces propos irresponsables qui font tant de mal sur les réseaux sociaux. On peut penser aussi à l’absence de miséricorde et au  refus de pardonner : dans notre société qui prend peur et qui se durcit, nous pourrions devenir impitoyables dès que nous avons un peu d’autorité sur les autres et aussi crier vengeance dès que nous avons subi une agression.

Nous avons aussi à purifier quelque chose par rapport à la place que nous occupons comme catholiques dans la société française : les plus âgés d’entre nous ont connu le temps où l’Eglise exerçait une influence forte avec une autorité encore reconnue par la plupart des gens. Ce temps est bien fini et maintenant nous souffrons souvent de voir les prises de position de l’Eglise ignorées ou même contredites. Pour autant, nous n’avons pas à devenir silencieux ou à raser les murs, mais nous nous rappelons que le Christ a proclamé heureux ceux qu’on insulte, qu’on persécute ou dont on dit du mal à cause de leur foi en lui. Cette parole nous invite à la sérénité, au courage, à la persévérance quand nous avons le sentiment d’être incompris, ignorés ou rejetés comme disciples de Jésus Christ.

Nous avons donc un combat spirituel à mener pour nous purifier, nous avons aussi à développer des attitudes qui nous prépareront à voir Dieu. Il s’est fait connaître à nous à travers le visage humain de Jésus de Nazareth : « qui me voit, voit le Père », nous a dit Jésus. Pour nous préparer à la rencontre avec le Père, nous avons à contempler le visage de Jésus tel que l’Evangile nous le révèle.

Aujourd’hui, en entendant les Béatitudes, nous découvrons qu’il a été lui-même le pauvre de cœur qui s’est dépouillé de tout pour servir les hommes et s’ajuster à la volonté de son Père. Il a connu les déchirements et les souffrances qui nous font pleurer. Il a été le doux et l’humble de cœur qui n’a jamais riposté à la violence. Il a été le miséricordieux, l’homme du pardon offert à tous et même à ses bourreaux. Il a été habité par la passion de la justice de Dieu à établir sur cette terre, et par le désir de faire grandir la paix en réconciliant les hommes entre eux et avec Dieu. Il a vécu sa Passion et sa mort en dépassant ses propres peurs et en croyant de toutes ses forces que son Père l’appelait à vivre avec lui.

Ce Jésus que nous n’avons jamais fini de connaître et que nous contemplons, il n’est pas absent de notre monde d’aujourd’hui, nous découvrons des traces de sa présence sur bien des visages autour de nous, souvent les visages des plus petits et des plus souffrants, et nous sentons qu’il vient nous consoler dans nos épreuves. Grâce à lui, l’espérance est possible, la sainteté est à notre portée et elle conduit à un bonheur qui ne finira pas. Amen.

P. Edmond Billard

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *