Homélie du dimanche 11 octobre 2020 – Première communion

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Les enfants, frères et sœurs,

Il ne vous aura pas échappé que la première lecture et l’évangile ont un point commun. Toutes deux nous parlent d’un festin.

Dans la première lecture, le prophète Isaïe avait une vision de notre vie au ciel, après la mort ; lorsque le Seigneur Dieu « fera disparaître la mort pour toujours » et qu’il « essuiera les larmes sur tous les visages (…) ». Isaïe disait alors que « le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés ».

Quant à l’évangile, Jésus nous raconte une parabole ; celle d’« un roi qui célébra les noces de son fils ». Célébrer des noces, c’est faire un grand repas… Lorsqu’il y a une fête ; lorsque nous voulons nous réjouir, il a toujours un repas pas loin… Astérix et Obélix en savent quelque chose… surtout à la fin de leurs aventures.

Mais la joie d’un repas ne tient pas tant à la bonté des plats qu’au fait d’être ensemble. Le plat le plus succulent, s’il est pris seul, reste terriblement fade.

Autrement dit, lorsqu’Isaïe envisage la vie après la mort comme un grand repas, il nous parle surtout de la joie immense à laquelle nous aspirons et qui consiste à être plongé en Dieu – aimé infiniment par lui – et reliés les uns aux autres… En somme, être « en communion ».

La première lecture et l’évangile ont un point commun. Elles nous parlent d’un festin. D’un repas de fête. Cela tombe bien en ce jour où vous, les enfants, vous allez faire votre première communion.

Qu’y a-t-il derrière ce mot « communion » ?

Les repas de fête sont des moments privilégiés où nous expérimentons que notre cœur est fait pour la communion ; pour être reliés les uns aux autres. Tout en étant conscient que cette communion entre nous n’a rien d’évident.

Aujourd’hui, il y a sans doute des absents… Peut-être en raison du covid et des normes sanitaires. Alors, il y a une part de tristesse dans notre cœur. Peut-être aussi qu’il y a des mésententes entre les adultes ; peut-être même que certains de vos parents sont séparés. Peut-être encore que des proches sont morts. A quelques jours de la Toussaint, nous pensons davantage à eux.

Nous sommes faits pour la communion, mais cette communion ici-bas n’est jamais parfaite. Ce que nous pouvons c’est y aspirer de toutes nos forces en orientant notre cœur vers le ciel. Nous comprenons que pour être vraiment unis les uns aux autres, nous voulons être unis à Jésus.

C’est le sens de notre présence, ici, à la messe.

La messe, disait le curé d’Ars, « c’est le ciel sur la terre ». La messe, c’est ce lieu où nous voulons être en communion avec Jésus, pour être davantage en communion entre nous.

Au début de la messe, j’ai embrassé l’autel.

L’autel est tout à la fois la table du jeudi Saint, l’autel du sacrifice du vendredi Saint et le tombeau vide du jour de Pâques.

Le jeudi saint, la veille de sa mort, Jésus est rassemblé au Cénacle avec ses disciples, pour le dernier repas. Il lave les pieds de ses disciples.

Ceux qui parmi nous ont eu l’occasion de laver le corps – de prendre soin d’un bébé où d’une personne âgée ; d’un malade, sait combien ce geste n’est pas anodin, comme on laverait le sol d’une cuisine. Une relation se créée, à travers un regard, la délicatesse d’un geste… Notre cœur s’en trouve transformé. Ce geste, comme tout geste de service, d’offrande, nous relie les uns aux autres ; nous fait entrer dans une communion plus grande. La joie est fruit de la communion, qui vient du service.

A l’inverse, lorsqu’il y a des histoires entre les hommes, lorsque la communion est brisée, c’est souvent que l’on s’est servi des autres – on les utilise – plutôt que de se mettre à leur service. C’est là le mystère du mal, du péché, qui traverse notre cœur et qui fait que Jésus a été condamné à mort.

Le vendredi saint, Jésus est mis sur la croix. Il livre son corps. Il verse son sang, en continuant d’aimer malgré tout, pour que nous ayons la vie et que nous soyons entrainés dans un élan d’offrande et de service, à notre tour. A chaque messe, sur l’autel, Jésus continue de donner sa vie.

Le dimanche matin, le troisième jour après sa mise au tombeau, Jésus apparait vivant. Il est encore avec nous, aujourd’hui. C’est sa promesse. A chaque messe, nous adorons la présence du ressuscité, qui fait de nous son corps. En communiant au corps du Christ, nous devenons ce que nous avons reçu – « nous sommes le corps du Christ ».

La messe est un grand trésor. Ce trésor vous est confié.

Pour connaitre la joie véritable, fruit de la communion, Jésus compte sur notre liberté, sur notre volonté, sur notre fidélité.

La parabole de l’évangile a un côté très déroutant, parce que la noce, plutôt que de conduire à la joie, conduit à une violence inouïe – les premiers invités sont indifférents à l’invitation du maitre – « j’ai un champ à labourer ; j’ai un commerce à tenir »… Puis les serviteurs envoyés pour inviter à la noce sont tués. En réaction, le roi se met en colère à son tour et tue les meurtriers avec leurs villes !

Quant à celui qui a été ramassé sur le bord du chemin et qui se retrouve à la fête, sans vêtement de noces, il est jeté dehors, pieds et poings liés.

Que veut nous dire Jésus en racontant cette parabole ? Il pose une question aux invités : quel type d’invités sommes-nous ?

Comme c’est douloureux pour celui qui invite, qui a donné le meilleur de lui-même, d’être confronté à l’indifférence des autres. Les enfants, quand j’avais vôtre âge, j’ai voulu organiser un goûter d’anniversaire. C’était à la campagne, chez mes grands-parents, pendant l’été. J’avais tout préparé, un gâteau, des petits jeux, des bonbons à offrir… Puis avec ma maman, sommes allés chercher les enfants du fermier pour la fête : ceux-ci n’ont pas voulu. Ils préféraient regarder la télé. Alors je suis rentré seul, tout triste.

Chaque dimanche, les chrétiens sont appelés à venir à la messe, en réponse à la parole de Jésus – « vous ferez cela en mémoire de moi ».

Au cœur de la messe, nous disons le Notre Père. Au cœur du notre Père, nous disons « donne nous notre pain de ce jour » ; autrement dit, « donne du pain à ceux qui ont faim ».

Dans nos pays d’opulence, il nous faudrait pouvoir aussi dire : « donne faim à ceux qui ont du pain »… Donne faim de Dieu, donne faim de la joie du ciel à ceux qui sont rassasiés par tant de choses matérielles qui ne comblent pas…

Les enfants, ce jour est un jour béni, où vous goûtez la joie d’être rassemblés avec vos proches, en Dieu.

Chaque dimanche, venons au banquet des noces de l’agneau ! Pour notre joie et la joie du monde.

Amen.

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