Homélie du dimanche 2 août 2020

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Homélie du dimanche 2 août 2020 – 18ème dimanche du temps ordinaire – Paroisse de Sautron

Après le grain de blé, voici le pain. Au cœur de l’été, fini le temps des paraboles qui préparaient la venue du Royaume des cieux, Jésus passe à l’action : il multiplie les pains. Les grains semés ont été récoltés puis broyés, fondus en une seule pâte pour former le pain. Et de ce pain, aujourd’hui le Fils de l’homme nourrit les hommes qu’il prépare à devenir fils de Dieu. Car ce repas frugal au milieu d’un champ d’herbe verte en prépare un autre : la cène où le Christ se donnera en nourriture. La multiplication des pains prépare l’eucharistie : Il prit les pains, et levant les yeux au ciel il prononça la bénédiction, les rompit et les donna à ses disciples… Elle est belle cette page de l’Evangile. Nous la connaissons bien parce que chacun des évangélistes a rapporté cet événement. Matthieu et Marc ont même gardé le souvenir d’une deuxième multiplication des pains. Mais si nous la connaissons bien, qu’en retenons-nous spontanément de cette page d’Evangile ? Que nous reste-t-il de la Parole quand nous avons refermé le livre des Evangiles ? Une invitation à la générosité et au partage ? C’est déjà quelque chose. Mais si la multiplication, des pains renvoie à l’eucharistie, c’est qu’il y a plus. Goûtons ensemble à nouveau, ce pain de la Parole que Jésus nous donne, nous y trouverons peut-être ce matin, une nouvelle saveur.

« Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? » Cette interrogation portée par St Paul, voilà peut-être la traduction par des mots, de ce qui habite le cœur des foules qui viennent à Jésus. Et il y a là bien plus que le cri d’un estomac affamé. Oui, les foules sont affamées, souffrantes, à la recherche d’une consolation. Alors, elles se sont mises en route pour chercher celui qui pourrait les apaiser. Elles sont en quête de celui qui pourra leur donner le nécessaire, par amour et non par calcul. Alors elles s’en vont vers Jésus qui pourra les aimer. Car Jésus n’est plus là tout près, il faut aller le chercher. En effet, nous n’avons pas oublié ces quelques mots qui introduisaient notre épisode : « Quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. » Oui, Jésus s’est retiré car son heure n’était pas encore venue. Jean, lui a achevé sa mission. Mais ce n’est pas Hérode qui prendra la vie du Christ car sa vie, nul ne la prend, mais c’est lui qui la donne. Alors, au milieu d’une atmosphère mortifère, où la vie d’un homme semble à la merci des caprices d’une reine et de la légèreté d’un roi tyran, une foule cherche la vie et celui qui pourra conduire les hommes à la manière d’un vrai berger. Celui qui par amour, sur des prés d’herbe fraîche les fera quitter toute peur, trouver la guérison et la nourriture qui fortifie vraiment. Les foules ont un sens de la foi que l’on ne trompe pas. Elles marchent vers le Christ. « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? » La peur d’Hérode ? Un lac à contourner ? Une frêle embarcation à ne pas perdre des yeux ? Un désert inhospitalier ? Un cordon de protection d’une douzaine d’hommes avisés ? Une heure tardive ? La réponse ne tarde pas à se faire entendre : Jésus, voyant la grande foule de gens, « fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades ». Marc a souligné que Jésus a longuement instruit les foules. Guérison ou enseignement, c’est la même logique, Jésus ne se dérobe pas car l’amour ne se dérobe pas, il donne et il se donne. Il ne garde pas son amour en réserve en attendant des temps plus propices, le temps de se faire oublier par Hérode par exemple, il se donne sans retard et sans calcul. Parce que charité n’a pas d’heure, il donne aussitôt en abondance. Guérison des malades, pain multiplié. Le Seigneur prend soin des corps et des âmes car la vie d’un homme, c’est tout un. Il est le Dieu de miséricorde. Alors non, la foule ne s’est pas trompée. Ce que le génie de St Paul ramassera plus tard dans une formule ciselée, la foule des bords du lac l’a déjà compris. « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? » Rien. « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » Voilà peut-être la grande leçon de la multiplication des pains.

Quelle joie, frères et sœurs, de contempler ce matin l’amour qui se donne. Mais avec l’admiration, avec la joie d’une foi réveillée dans le Christ, voilà qu’un tremblement commence bientôt à monter en nous. Car si l’amour du Christ a opéré le miracle au bord du lac, nous n’oublions pas que ses disciples n’ont pas été seulement invités à regarder tranquillement la scène. Ils ont même été convoqués au service. Pour manger, les gens « n’ont pas besoin de s’en aller, s’exclame Jésus. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » A la suite des 12, les disciples que nous sommes ne peuvent se dérober, eux non plus. Car le maître est là et il appelle. Au fond, comme les disciples, la seule question qui nous est posée est bien la suivante : es-tu prêt à faire confiance à ma parole ? Pas le temps pour une étude de marché, pas de calcul du coût de production expresse d’un pain au pied levé, pas de prêt assorti d’un plan de recouvrement de la dette : simplement donner, sur la parole du Christ. Voilà qui a de quoi désarçonner. Comment donner ce qu’on n’a pas ? La science bancaire nous a montré que ça n’était pas un problème. Mais le problème est ailleurs. Assurément, nous vivons dans un monde marchand régi par des lois nécessaires, avec des échanges monétaires et financiers. Et d’une ampleur telle que la logique première pour nous – et peut-être plus encore que les premiers disciples – consiste d’abord à calculer avant de donner. Mais comme Isaïe déjà, Jésus inverse la perspective, mais les hommes sont lents à croire. Plus encore, il nous redonne la juste perspective. L’amour se donne. Et ceux qui portent le beau nom de disciples du Christ ne peuvent que lui ressembler. Ce matin, disciples au bord de la vaste mer du monde, appelés à coopérer au salut de nos frères, Jésus nous pose la seule question qui compte ? Si tu crois vraiment pourquoi crains-tu de donner ce que tu as ? Es-tu prêt à me croire sur parole un peu plus que tu ne l’as fait jusqu’à présent ? Pourquoi douter tandis que tu me sais à mes côtés ? Pourquoi revenir à une logique païenne de garanties pour commencer à donner et à te donner ? Le Christ n’a pas cherché la sécurité – souvenons-nous qu’Hérode n’est pas loin – il a tout donné et il s’est donné lui-même en nourriture. Ce matin, me revient à l’esprit l’exemple des petites sœurs des pauvres. Nous avons entendu parler d’elles ces dernières semaines alors qu’elles avaient lancé un appel pour les personnes âgées pauvres qu’elles accueillent dans leurs maisons. A la suite de leur fondatrice, Ste Jeanne Jugan, les petites sœurs des pauvres vivent de la Providence, depuis un siècle et demi. Elles n’ont pas d’immeubles de rapport, elles ne pratiquent aucun investissement dans des produits financiers. Elles refusent cette logique de l’auto préservation, de la sécurité, de la garantie. Elles donnent seulement, appuyées sur la Parole du Christ – « Donnez-leur vous-mêmes à manger » – fortifiées seulement par le Christ qui se donne. Et elles ne sont pas les seules à faire ainsi. Comment oublier Dom Bosco qui a tant donné, lui l’éducateur et le bâtisseur au poches vides ? Je pense encore aux frères de Taizé qui n’acceptent pas les legs et donations pour eux-mêmes, seulement au service d’un projet précis, non pour assurer leur avenir, mais pour servir l’annonce de l’Evangile. Leur sécurité, ils l’ont mise dans le Christ. Alors, nous non plus, à cause de l’Evangile et de nos frères et sœurs qui avant nous l’ont pris au sérieux, nous ne pouvons pas réclamer de garanties pour commencer à donner. Il faut même être prêts à perdre, pour demeurer fidèles au Christ. C’est peut-être la parabole de notre cathédrale. Une parabole dont nous nous serions bien passés, certes. Mais qui nous rappelle que pour répandre son amour, le Christ n’a pas choisi l’infaillibilité, il nous a seulement appelés.  

Frères et sœurs, avec St Paul et les foules rassasiées, notre foi de disciples s’est rajeunie ce matin. Nous en avons la certitude : rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ. Sans peur de l’avenir, laissons le Christ nous fortifier aujourd’hui dans le don de nous-mêmes pour nos frères car Il est avec nous. C’est lui qui se donne maintenant dans cette eucharistie. Amen.

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