Homélie du 6ème Dimanche de Pâques – 17 mai 2020

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Sur les pas de Philippe, diacre et missionnaire…

Une fois n’est pas coutume : c’est sur la 1ère lecture que je vais axer le commentaire de ce 6e dimanche de Pâques. Nous sommes toujours dans le livre des Actes des Apôtres, que nous continuons à lire tout au long du temps pascal, en semaine comme le dimanche. Prenez le temps en cette période particulière de lire ou de relire le livre des Actes : il nous raconte de façon très vivante la naissance de l’Eglise, à Jérusalem autour des apôtres, puis sa dispersion rapide à travers le Proche-Orient et le bassin méditerranéen, sur les pas des premiers missionnaires, dont Paul est la principale figure. Les Actes se lisent comme un roman d’aventure, un roman qui inspire encore notre vie chrétienne, aujourd’hui !

Ce dimanche, nous retrouvons Philippe, « l’un des Sept ». Il ne faut pas le confondre avec Philippe, l’apôtre, patron de notre paroisse. Le lien est direct avec dimanche dernier, qui nous racontait le choix par les apôtres, aidés par l’Esprit Saint, de ces sept hommes pour organiser ce qu’on appelait ‘’le service des tables’’ à Jérusalem. Il s’agit de la distribution de l’aide alimentaire aux plus pauvres de la communauté. Après cet épisode, on voit que les Sept font très vite autre chose que de l’action caritative : Etienne est un prédicateur ardent, ce qui lui vaut l’hostilité des juifs, et le premier martyre. C’est pour échapper à cette première persécution que les Sept doivent quitter Jérusalem. Ainsi Philippe, notre héros du jour, « arriva dans une ville de Samarie ». Et que fait-il ? « Là il proclamait le Christ ». Il prêche, donc, et avec succès. La suite du texte nous laisse penser qu’il se met à baptiser les foules, et qu’autour de lui naît une communauté chrétienne. On ne peut que rendre grâce pour la vitalité de cette première mission en terre samaritaine !

On peut aussi en retenir quelques notes pour la vitalité de nos propres communautés, surtout en ce temps où il s’agit de recommencement, après la période de confinement.

La première : je suis toujours fasciné, à la lecture des Actes, par les péripéties inattendues qui arrivent à la communauté naissante. Embarquée dans le quotidien de l’histoire des hommes, elle n’est pas épargnée par les soucis de ses contemporains : la division ethnique, avec l’histoire des deux groupes de chrétiens, d’origine grecque et juive, qui se disputent au sujet des secours aux veuves ; la persécution, qui emporte Etienne et disperse le groupe des Sept. Et si vous suivez les pas de Paul : brigands, routes coupées par les intempéries, conflits dans les villes d’accueil, arrestation, prison, naufrage… Chaque nouvelle péripétie, même violente, se transforme en occasion nouvelle d’annoncer Jésus. La mission en Samarie n’était évidemment pas programmée : Philippe, contraint à l’exil par la persécution, devient prédicateur en Samarie. Il faut savoir s’adapter, faire d’une contrainte une opportunité.

Dans le contexte des temps que nous traversons, aujourd’hui encore, ce sont toujours les besoins de la communauté qui commandent. Nous avons su adapter nos pratiques pour continuer à faire communauté pendant le confinement. Avec la sortie progressive, avec aussi les étapes nouvelles qui attendent notre communauté dans les prochains mois, saurons-nous également nous adapter pour continuer à annoncer Jésus à Sautron ?

« Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ».

Esprit de Sainteté, nous te prions pour nous-mêmes et pour notre communauté  : tu agis à travers les détours de chacune de nos existences.

Seconde note, conséquence logique de la première : là aussi, je m’émerveille. Jésus n’a pas laissé de projet pastoral à ses disciples. Il leur a laissé une consigne : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Une assurance : « Et moi je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). Une assistance technique : « Le Père vous donnera un autre Défenseur, qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité ». Avec ça, débrouillez-vous ! Là encore, les Actes sont un témoignage de l’inventivité incessante de la jeune communauté, sous l’action de l’Esprit : pour remplacer Judas, l’apôtre défaillant ; pour s’organiser, à plusieurs reprises, et d’abord avec l’institution des Sept ; pour faire face aux persécutions ; pour accueillir les convertis successifs, ceux qui viennent du judaïsme, mais aussi les païens. Les premiers disciples ne cessent de courir aux périphéries, dans un monde qui ne les attend pas, et qui ne leur est pas toujours accueillant et bienveillant : les premiers persécuteurs sont d’abord ceux qui leur sont les plus proches, leurs frères juifs. Alors ils s’adaptent et ils expérimentent, ils prennent des risques, avec une grande liberté d’initiative et une diversité de réponses, qui prennent en compte la réalité des personnes à qui ils annoncent Jésus.

Pendant le confinement, nous avons su faire preuve de créativité évangélique pour vivre notre foi, en utilisant des outils inhabituels, en expérimentant des pratiques en famille, à distance. Avec le retour à la vie normale, que nous attendons tous avec impatience, ne risquons-nous pas de perdre ce goût du risque et du neuf, pour revenir très vite à nos pratiques et à nos modes d’organisation habituels ? Certes, ils nous rassurent : nous les connaissons bien, et ils ont fait leurs preuves. Mais parfois aussi ils nous enferment dans des habits un peu vieillots, et nous empêchent de rejoindre nos frères. L’Evangile prend toujours la joie et la saveur du monde nouveau.

« Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris.
Et il y eut dans cette ville une grande joie ».

Esprit Créateur, nous te prions pour nous-mêmes et pour notre communauté : viens susciter le goût du neuf, et libérer nos initiatives pour annoncer Jésus à notre tour.

Troisième et dernière note : avez -vous remarqué combien ces témoins de la première évangélisation ont le souci constant de garder l’unité de l’Eglise naissante et transmettre avec fidélité le message du Christ ? Philippe porte la Bonne Nouvelle en Samarie, avec succès. Guérisons, conversions, joie. Mais il ne travaille pas à son compte. Il reste en lien avec l’église mère de Jérusalem, et avec les apôtres, qui sont les responsables de la communauté : Pierre et Jean en personne sont envoyés pour authentifier le travail accompli par Philippe. « À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour ces Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint ». Un bel exemple de l’équilibre à trouver, toujours, entre la nécessaire liberté de nos initiatives missionnaires, et le lien avec l’institution, l’église diocésaine, son pasteur notre évêque, successeur des Apôtres, ou son représentant. Prions pour le futur évêque de Nantes, que nous attendons, et pour François Renaud et son conseil, qui administrent notre diocèse, en ce moment.

Fidélité à l’Eglise, donc, et aussi, d’abord, au message du Christ : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ». Ce n’est jamais ma propre parole ou mes propres pratiques que je suis chargé d’annoncer, ou celles de telle ou telle chapelle dans laquelle je me sens bien. Là aussi, les Actes des Apôtres, comme les lettres de Paul, témoignent de la tentation de la division, très tôt présente dans l’Eglise. Et contre laquelle les responsables de la jeune Eglise ne cessent de se mobiliser, et d’inventer des moyens pour assurer l’unité. La même tentation est encore bien présente aujourd’hui : il y a tant d’occasions de se disputer. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé ».

Pendant le confinement, nous avons eu soin de garder ce lien avec notre communauté paroissiale, avec notre église diocésaine, avec l’Eglise universelle. Nous avons continué à fréquenter la Parole, même si les rassemblements communautaires et la vie sacramentelle nous ont manqué. Comment allons-nous garder ce souci du lien et de l’unité quand la vie normale va pouvoir reprendre, très bientôt, je l’espère ?

« En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père,
que vous êtes en moi, et moi en vous ».

Esprit d’unité, nous te prions pour nous-mêmes et pour notre communauté : viens assurer notre fidélité dans l’unité.

S’adapter au contexte pour annoncer l’Evangile, libérer notre créativité pastorale, garder fidèlement la Parole du Christ dans une communauté diverse mais unie. Prions encore l’envoyé, le défenseur promis par Jésus : « Je ne vous laisserai pas orphelins ».

Viens, Esprit Créateur nous visiter,
Emplis nos cœurs de grâce et de lumière,
Toi le Don, l’envoyé du Dieu Très Haut,
Tu t’es fait pour nous le Défenseur,
Tu es l’Amour le Feu la source vive,
Mets en nous ta clarté, embrase-nous,
En nos cœurs, répands l’amour du Père,
Viens fortifier nos corps dans leur faiblesse,
Et donne-nous ta vigueur éternelle,
Fais-nous voir le visage du Très-Haut,
Et révèle-nous celui du Fils,
Et toi l’Esprit commun qui les rassemble,
Viens en nos cœurs, qu’à jamais nous croyions en toi,

Amen

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