Homélie du Père Jean-Yves LECAMP – 3ème Dimanche de Pâques

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Chers paroissiens « confinés » des Glycines, de l’Ehpad, et vous qui êtes dans vos maisons,
Pour apprécier la profondeur du message transmis par l’évangéliste Luc à travers son récit des disciples d’Emmaüs, il me semble essentiel de le relire à travers trois filtres :

A travers la situation des disciples aussitôt après la mort et la résurrection de Jésus,
A travers la vie des premières communautés chrétiennes,
A travers la vie de l’Eglise d’aujourd’hui.

La situation des disciples aussitôt la mort de Jésus.
Il est beaucoup question dans les évangiles des 12 apôtres. Il est aussi question du groupe de femmes qui suivait Jésus (Lc 8,1-4) et des 72 disciples (Lc 10, 1-12) que Jésus a envoyés en mission deux par deux pour aller dans les villes et les villages où il devait lui-même aller. Cléophas et l’autre disciple dont Luc ne dit pas le nom, étaient deux disciples inconnus par ailleurs. Ils avaient mis tout leur espoir en lui ; ils avaient entendu ses paroles, vu comment il faisait du bien partout où il passait, en chassant les démons, en guérissant les malades, en ressuscitant les morts, en nourrissant les foules. Il n’est pas à exclure non plus qu’ils espéraient, au plus profond d’eux-mêmes, que Jésus libérerait Israël de la tutelle romaine qui détenait La Palestine à cette époque. Les romains traitaient les juifs comme des citoyens de deuxième catégorie et ceux-ci étaient particulièrement humiliés, eux qui se considéraient comme des héritiers de la promesse que Yahvé avait faite à Abraham, de leur donner la terre promise.

Après la mort de Jésus, Cléophas et son compagnon retournent tristement à leur village. C’est alors qu’un homme vient les rejoindre et s’étonne de leur tristesse. Après les avoir écoutés, il leur dit : « comme votre cœur est lent à croire », et il se met à leur faire une véritable catéchèse pour les aider à relire tout ce qui concernait Jésus dans l’Ecriture mais ce que cet homme leur fait surtout découvrir c’est qu’il fallait que le Christ souffrit sa passion pour être en pleine communion avec son Père, après avoir rempli la mission qu’il lui avait confiée, à savoir de révéler aux hommes que Dieu était aussi leur Père.

Les disciples d’Emmaüs découvrent alors que la mort du Christ est un passage pour plus de vie, et non pas la fin monstrueuse de tout.

Ils sont complètement retournés par cet homme qu’ils supplient de rester aux eux pour partager leur repas, à l’auberge d’Emmaüs. Comme tout bon juif, ils commencent le repas par rompre le pain ; c’est toujours au chef de famille de faire ce geste symbolique et c’est Jésus qui le fait. C’est alors que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils le reconnaissent à la fraction du pain et Jésus disparait à leur regard. Les disciples sont bouleversés ; ils n’ont qu’une envie : retourner voir les apôtres restés à Jérusalem et leur raconter ce qu’ils viennent de vivre. Les apôtres leur font part, à leur tour, de leur propre rencontre avec Jésus vivant.

La vie des premières communautés chrétiennes
Luc, à proprement parlé, n’est pas un apôtre. Il n’a pas connu Jésus directement ; il appartient au monde grec et ne semble pas connaître parfaitement la géographie de la Palestine. Il est possible qu’on puisse l’identifier au médecin Luc, nommé par Paul. En tout cas, c’est un homme cultivé, un historien qui s’est renseigné, d’une manière très précise, mais l’histoire qu’il veut présenter est une histoire sainte. Son propos essentiel est de montrer la signification des faits par la foi : une foi éclairée par l’évènement de Pâques et par une vie de l’Eglise.

Son livre est un véritable Evangile qu’il a écrit, sans doute, vers les années 80-90. Son souci premier n’est pas tant de décrire les faits dans leur exactitude matérielle mais de proclamer l’histoire de Jésus en tant qu’elle est histoire du salut. Il se sent la liberté et même le devoir de déchiffrer les évènements et il le fait à la lumière de la tradition de l’Eglise.

Le récit de la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs est à situer dans ce cadre-là. Il l’a écrit à partir, sans doute, de la tradition ancienne qui relatait l’apparition de Jésus aux deux disciples inconnus.
Luc y montre que Jésus considère ces disciples qui ont perdu la foi en Lui par suite du scandale de la croix, à le retrouver par l’intelligence des écritures. Il est peu probable que Jésus ait reproduit la dernière cène mais Luc utilise ici un vocabulaire eucharistique pour faire sentir à ses lecteurs que la fraction du pain leur fait rencontrer le ressuscité comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs.
De plus, Luc a construit tout son Evangile autour d’un fil conducteur : la montée progressive de Jésus à Jérusalem, ville où on tue les prophètes : tout un symbole.

La vie de l’Eglise aujourd’hui
Luc a construit son récit en quatre parties distinctes

1 – Cléophas et son compagnon quittent Jérusalem ; ils sont découragés et déçus,
2 – Un homme les rejoint et leur explique les écritures,
3 – Cet homme partage le repas avec eux et c’est ainsi que leurs yeux s’ouvrent et ils               reconnaissent le Christ à la fraction du pain,
4 – Les deux disciples repartent à Jérusalem vers les apôtres pour leur partager leur joie.

Dans ce récit, on retrouve les quatre parties de la messe que les chrétiens célèbrent depuis le début du Christianisme :

1 – liturgie de l’accueil où les fidèles arrivent avec toute la semaine passée, leurs joies, leurs soucis, leurs réussites, leurs déceptions, leurs échecs. Ils reconnaissent aussi qu’ils ont besoin de la miséricorde du Seigneur ;

2 – liturgie de la parole où sont proposés un texte de l’Ancien Testament ou des Actes des Apôtres, un psaume, un extrait d’une lettre d’un apôtre (Pierre, Paul ou Jean), un extrait de l’Evangile de Mathieu, de Marc ou de Luc suivant l’année, ou de Jean suivant les fêtes liturgiques ;

3 – liturgie de l’eucharistie avec la consécration du pain et du vin sous l’action de l’Esprit Saint, et la communion ;

4 – liturgie de l’envoi où tous sont invités à repartir, transformés, dynamisés, par la rencontre du Christ.

La messe, c’est le sommet de la vie chrétienne qui permet aux chrétiens de se ressourcer dans la Parole de Dieu et de se nourrir du Pain de Vie. L’Eucharistie constitue le peuple de Dieu en corps du Christ. C’est désormais le mode de présence de Jésus à son Eglise et au monde. En communiant au corps du Christ, nous faisons corps entre nous et nous formons le corps du Christ. C’est le message qu’a voulu transmettre Saint Luc à toutes les générations de croyants à travers ce récit des disciples d’Emmaüs.

Nous qui sommes, aujourd’hui, privés du rassemblement eucharistique dominical, nous en ressentons profondément le manque.

Que cette épreuve nous renforce dans la conviction que le Christ est toujours avec nous sous la forme du pain et du vin et qu’il continue à nous faire vivre de sa parole. Nous vivons en ce moment une communion de désir qui peut nous permettre d’attiser en nous ce désir de rencontre corporelle avec le Christ et avec toute la communauté chrétienne. Quand nous pourrons nous réunir à nouveau, ce sera vraiment un évènement central qui nous mettra dans la joie et que nous fêterons solennellement dans notre église paroissiale !

Mes amis, tenons bons dans ce confinement ; que cette expérience inédite nous rende plus fort et plus croyant dans ce Dieu qui ne nous abandonnera jamais. AMEN.

Jean Yves Lecamp

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