Message de notre Prêtre, Jean-Yves LECAMP à l’occasion de la Semaine Sainte

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MESSAGE DU PRETRE MODERATEUR AUX PAROISSIENS DE SAUTRON
le 2 avril 2020

Chers paroissiens,

Nous voilà au seuil de la Semaine Sainte qui va commencer dimanche prochain, jour des Rameaux.
Nous vivrons cette Semaine Sainte, cœur de la foi chrétienne, dans une atmosphère jamais connue
depuis le début du christianisme.

Ne pas pouvoir célébrer ensemble la fête des Rameaux et le Triduum Pascal est une véritable
épreuve pour notre foi. Un chrétien n’est pas fait pour vivre sa foi tout seul. C’est du reste le propre
de toute religion de réunir ses croyants pour leur permettre d’exprimer leurs convictions
collectivement. L’homme est un animal social et la dimension communautaire fait partie de l’ADN
de toute religion. En cette situation inédite, tout croyant de quelque religion qu’il soit, est touché
au plus profond de lui-même.

Il n’y aura pas de célébration pour les protestants, pour les orthodoxes comme pour les catholiques
mais aussi les musulmans ne se réuniront pas pour la prière du vendredi ; les juifs ne se rendront
pas à la synagogue pour célébrer le Shabbat.

Nous le disons souvent, « un chrétien tout seul est un chrétien en perdition ». Oui, c’est une
véritable épreuve qui nous est imposée par les conditions sanitaires. Bien sûr, personne ne doute
de l’utilité de ces mesures prises par les gouvernements des différents pays concernés par cette
pandémie. Il est essentiel d’appliquer ces consignes par respect pour la santé des uns et des autres,
pour éviter la propagation de ce virus et pour ne pas compliquer le travail, déjà bien difficile, du
personnel soignant.

Nous vivrons donc cette Semaine Sainte, seul face à nous-même. C’est une épreuve mais c’est
peut-être aussi une occasion de la vivre plus en profondeur, intérieurement, sans se laisser
« distraire » si je peux me permettre, par le rite et la beauté des cérémonies. Nous serons réduits à
l’essentiel, à savoir notre relation personnelle avec le Christ.

Dimanche des Rameaux : nous pourrons regarder la messe télévisée, célébrée
dans un modeste studio de télévision, où l’autel est réduit à une simple table. Nous ne pourrons
pas acclamer le Christ avec nos rameaux cueillis dans notre jardin, rameaux que nous aimons
accrocher au crucifix de notre chambre pour signifier notre attachement au Christ ; pour d’autres,
peut-être plus éloignés de la foi mais qui tiennent cependant aux rameaux, ils ne pourront pas le
déposer sur la tombe de leur ancêtre comme cela se fait dans certaines régions de France.
Cela ne nous empêchera pas de relire la Passion du Christ, de la méditer intérieurement ; si nous
sommes en couple, ou en famille, nous pourrons relire cette Passion ensembles, en la revivant plus
intensément. Nous pourrons même, avec les enfants, la mimer : ce serait une manière de
l’intérioriser plus intensément.

Mardi prochain, aurait dû avoir lieu la messe Chrismale à la cathédrale, présidée par Mgr
D’ORNELLAS, archevêque métropolitain de la province de l’Ouest. La messe Chrismale comporte
deux temps forts :

* La bénédiction de l’huile des malades, de l’huile des catéchumènes, et du Saint Chrême pour
les baptêmes
* C’est au cours de cette messe que les prêtres renouvellent aussi leur promesse d’obéissance
à leur évêque. N’ayant plus d’évêque pour l’instant, ce moment aurait eu une signification
tout à fait particulière.

Le jeudi Saint, célébration de la Cène où devait participer plus spécialement la vingtaine d’enfants
qui se prépare à la première de leur communion. La célébration de la Cène, l’institution de
l’Eucharistie est un élément essentiel de la foi des chrétiens. Le Christ se donne à nous sous la
forme du pain et du vin. Au moment où il essuie les pieds de ses disciples, avant le repas, Jésus sait
que l’heure de son passage est venue. Lui qui a aimé les siens qui étaient dans le
monde, livre là une parole d’amour : son geste dit qu’il les aime jusqu’au bout. Le sens du service,
c’est de dire l’amour qui a vaincu la mort. En lavant les pieds de ses disciples, il nous donne à vivre
un geste habité par la résurrection et par ce geste, il nous donne cette mission : si moi, le Seigneur
et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns les autres.
C’est dans ce sens que le lavement des pieds fonde l’Eglise qui se définit, comme souvent notre
Pape le rappelle, comme le service de l’humanité.

Le lendemain, ce sera le Vendredi Saint, signe suprême de l’amour du Christ pour tout être humain.
Les premiers chrétiens ont eu du mal à évoquer d’une manière figurative le caractère horrible du
sacrifice du Christ. Il aura fallu pratiquement 4 siècles pour que la religion chrétienne suscite,
encourage ou tolère que la mort cruelle et bénéfique à la fois du Fils de Dieu fait homme soit
évoquée sans détour. Les chrétiens n’ont pas toléré longtemps de voir le Christ représenté tel qu’il
l’a vécue, entièrement nu ou presque sur la croix. C’est avec l’empereur Constantin que tout va
changer. La croix, supplice infamant, commence à être l’objet d’un processus qui a progressivement
pour effet que le sentiment de répugnance que l’on ressentait à l’égard du symbole d’un supplice
dégradant, laisse progressivement la place au respect ce qui a permis la montée en puissance d’une
célébration publique de ce symbole.
Depuis le 4 ème siècle, beaucoup de choses ont changé, y compris dans l’art d’illustrer le Christ en
croix mais ce qui est clair aujourd’hui, c’est que la croix n’est pas d’abord l’illustration d’un supplice
atroce mais l’expression d’un immense amour pour l’humanité. J’aime beaucoup, à ce sujet, le
Christ de l’église de Sautron où l’artiste a voulu exprimer un Christ sur la croix entre la mort et la
résurrection, un Christ déjà ressuscité tout en étant cloué sur la croix.

Ce vendredi Saint, nous ne pourrons pas mettre cette croix en honneur dans notre église
mais nous serons invités à refaire le chemin que le Christ a effectué dans sa montée au Golgotha,
l’abandon de ses disciples, l’angoisse du Christ à Gethsémani : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m’as-tu abandonné ?
», l’humiliation des procès successifs, le couronnement d’épines, le
portement de croix et cet appel ultime de Jésus s’adressant à Jean : « femme, voici ton fils »,
comme si le Christ voulait que nous passions par Marie pour aller vers lui et son Père.

CHERS PAROISSIENS, vivons cette Semaine Sainte, au plus profond de nous-mêmes,
intérieurement, paisiblement en pensant à toutes ces femmes et tous ces hommes qui vivent
aujourd’hui la Passion du Christ, par la persécution, par la pauvreté, la misère, le mépris, la maladie
et la souffrance.
Portons-nous les uns les autres dans la contemplation du Christ en croix.
Portons dans notre prière toutes celles et ceux qui attendent au plus profond d’eux-mêmes une
libération, un salut, le SALUT offert par Dieu.

Je vous donne rendez-vous pour PÂQUES sous cette forme d’homélie.

    Jean Yves LECAMP 

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